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Barcelone au rythme du Bicing

Nouveau tableau d’un système de vélos en libre-service dans le monde, le Bicing de Barcelone. Je ne vous inviterai pas à le tester vous-mêmes pour la simple et bonne raison qu’il est réservé aux résidents. Rangez vos rêveries de dévaler les ramblas, le menton haut, en short et jupette et lunettes de star sous un doux soleil printanier… Exit les touristes on vous dit ! Enfin, pour l’heure. Car la donne pourrait bientôt changer. Je sens que je vous intéresse, là…

Bicing, des petits trajets quotidiens

Lancé le 22 mars 2007, le Bicing (Clear Channel) est fondé sur une philosophie différente de celle du Vélib’, plus restrictive, d’où des choix de fonctionnement loin de ceux adoptés par la Ville de Paris. La Ville de Barcelone considère que Bicing est une « manière nouvelle de se déplacer dans Barcelone », un mode de transport alternatif et complémentaire aux transports en commun existants. Jusqu’ici tout le monde est d’accord.

Sauf qu’à la différence de Paris, Barcelone n’a pas décidé d’ouvrir à d’autres types d’usages : « Bicing n’est pas un système public de location de vélos pour un usage touristique ou récréatif » explique-t-on sur le site officiel. « Sa finalité est de couvrir les petits trajets quotidiens effectués dans la ville ».

D’où aussi peut-être l’explication des horaires du service, accessible 24h sur 24 uniquement le week-end, soit les vendredis, samedis et jours de fête, les horaires étant réduits du dimanche au jeudi de 5h du matin à minuit (pour les emprunts, les retours pouvant s’effectuer au-delà).

Depuis le 1er janvier 2012, ces horaires ont été étendus : le système est accessible jusqu’à 2h du matin et ne joue donc plus les cendrillons en semaine. Objectif affiché : améliorer la complémentarité avec les autres modes de transports et répondre à la demande des usagers notamment ceux qui travaillent en soirée mais aussi à tous ceux qui sortent. Rappelons que Barcelone est une ville étudiante (un tarif réduit pour eux comme à Paris ce serait bien d’ailleurs !).

Un service réservé aux Barcelonais

Du coup, Bicing est réservé aux habitants de Barcelone âgés de 16 ans et plus (14 ans à Paris) et uniquement avec un abonnement annuel à 44 euros (taxes incluses) depuis le 1er janvier 2012 contre 35 euros jusque-là. Un abonnement au coût élevé mais qui reste intéressant. Sandrine, installée à Barcelone depuis septembre 2010 utilise Bicing « en remplacement de la voiture ou des transports en commun pour son côté écologique, sportif, pratique (station à côté de chez moi) mais aussi économique car le parking est très cher à Barcelone ».

Dommage que les touristes soient exclus car Irène juge (qui a accepté que j’utilise les deux belles photos couleurs de cet article merci !) « c’est une super manière de visiter et d’apprendre à connaître une ville » Elle espère tenter l’expérience à Paris comme des amis à elle qui ont testé Vélib’ et ont adoré. C’est une manière d’être « plus actif », cela va plus vite de se rendre jusqu’aux différents lieux touristiques.

Même regret pour une américaine à Barcelone, qui se raconte sur son blog Jessica’s adventures in Spain, et estime que le Bicing « est le meilleur moyen de se balader » dans la ville. Elle peut rentrer facilement en sortant de boite de nuit et c’est même « son mode de transport public préféré ». Faire du vélo est meilleur pour la santé, plus agréable et parfois même plus rapide juge-t-elle. Elle regrette par contre la limitation aux résidents : ses collocs venus du Brésil et pourtant restés 6 mois à Barcelone n’ont pas pu obtenir de carte d’abonnement, la procédure pour obtenir une carte de résident quand on vient d’un pays non européen pouvant être difficile précise-t-elle. Autre avantage du Bicing selon Jessica : son faible coût.

Comme pour Vélib’, la première demi-heure est gratuite, la suivante étant facturée 0,60€ (contre 0,50 en 2011). Mais il clairement stipulé que le temps d’utilisation ne peut excéder les deux heures, la pénalité appliquée au-delà étant de 4,20 € de l’heure (contre 3,60€ précédemment). A noter, au-delà de trois dépassements des deux heures de location autorisées, l’abonné peut être exclu du service pendant deux mois maximum.

Au-delà de 24h de location, la caution de 150 euros est débitée en plus du montant de la location pour les 24 premières heures… Bref, la note est alors salée : 1,80 € les deux premières heures + 92,4 euros les 22 suivantes + la caution = 244 euros comme expliqué si on lit la FAQ…

Cela dit, vous êtes tenu contractuellement de passer votre carte en borne après chaque emprunt pour vérifier que le bon retour de votre vélo a été enregistré. A Vélib’, c’est recommandé dès que vous avez un doute sur la restitution de votre vélo. C’est certes une garantie mais la procédure est un peu plus longue, surtout s’il y a du monde à la borne… En cas de vol de votre Bicing, vous avez 2 h pour faire une déclaration au commissariat. Le système est ainsi plus contraint que Vélib’ par des procédures strictes.

Un modèle économique qui se cherche

L’augmentation des tarifs depuis le premier janvier est liée au coût du service. En août, El Pais (Le Monde espagnol) expliquait dans un article que la municipalité de Barcelone envisageait une ouverture du Bicing à la publicité et / ou aux touristes pour rentabiliser le coût du service. Celui-ci reviendrait à 18 millions annuels, les abonnés ne le finançant qu’à hauteur de 3 millions. Depuis, les tarifs ont certes augmenté – Le Bicing aurait le prix d’abonnement le plus élevé d’Espagne – mais la différence reste énorme et la charge pour la collectivité lourde à assumer, financièrement et politiquement, étant donné le contexte actuel…

D’après un récent article d’El Pais du 29 décembre 2011, la pub arriverait d’ici la fin 2012. Pas d’annonce sur les touristes par contre mais j’ai bon espoir puisque c’était une des propositions de Xavier Trias, le Maire de Barcelone, pendant sa campagne victorieuse l’année dernière…

L’élargissement des horaires augmentera aussi peut-être le nombre d’abonnés, qui est actuellement de 120 000 (près du double pour Vélib’). Apparemment, il y avait moins d’abonnés en 2010 (-35% par rapport à 2009), les premiers inscrits ayant bénéficié de prix d’appel à 6 euros en 2007 et abandonné depuis le Bicing. Par contre, l’usage des vélos a lui augmenté de 3,5% : les usagers les plus fidèles l’utilisent de plus en plus. C’est d’ailleurs un des objectifs de Jessica qui veut l’utiliser au moins 6 jours par semaine même si, seul inconvénient du Bicing, les stations ne sont pas toujours bien placées ou facile à trouver et les vélos parfois en très mauvais état.

Une régulation dans une ville très vallonnée…

Sandrine confirme que le confort et l’état des vélos est à améliorer de même que la régulation : « les stations de la partie haute de la ville sont vides à 12h/13h et ne sont pas regarnies avant le soir et il arrive de ne pas pouvoir déposer sa bicyclette à la station de destination parce qu’elle est pleine (grrrrrr!!!!!) ». Il y a en effet des difficultés liées à la topographie de Barcelone, située entre une montagne -Collserola- et une colline -Montjuic- m’a expliqué Jasper qui a créé et anime le blog Barcelona by bike (dont vient la belle photo en noir et blanc, merci à lui). Ce hollandais installé depuis 4 ans à Barcelone utilisait Bicing tous les jours pour aller travailler et explorer la ville.

« Je n’avais pas apporté de vélo de Hollande pour la simple raison que je n’avais pas la place dans mon appartement et que je ne connaissais pas « la rue espagnole » ; cette solution étant donc plus simple pour moi à ce moment là » explique-t-il. Depuis un an il a repris un vélo personnel et n’utilise plus Bicing qu’en complément. Ayant vécu dans différents quartiers de Barcelone, Jasper a pu constater que, selon les coins, plus ou moins en hauteur, le système peut fonctionner « de très bien à plutôt très mal ».

Près de la plage la première année (en bas de la colline) il y a avait toujours des vélos mais il fallait souvent attendre, les stations étant souvent pleines (NB : on dispose de 10 minutes supplémentaires pour chercher une autre station contre 15 minutes à Paris). Ensuite, Jasper a emménagé du côté de la Sagrada Familia, plus en hauteur : de nombreux vélos étaient endommagés (NDLR : apparemment les Bicing ont été depuis renforcés comme les Vélib’ en leur temps). Mais c’est un problème quand, comme Jasper, on compte sur un vélo pour aller au boulot…

Le problème des vélos endommagés est selon lui plutôt lié à un manque de respect et d’expérience des usagers qu’à un souci de vélo. Maintenant qu’il connait bien la ville, il préfère son vélo personnel qu’il bichonne (même si il y a le problème des vols et qu’il le gare donc chez lui la nuit). Bicing reste un vélo complémentaire qu’il utilise pour des trajets spontanés, avec des amis par exemple, « sans avoir à se préoccuper du vélo après l’avoir utilisé ».

Une ville qui apprend à devenir cycliste

Comme à Paris, l’arrivée de vélos supplémentaires suppose un réajustement des comportements des autres usagers de la route. Pas toujours évident… Pour Jasper, grand cycliste, les améliorations à apporter concernent surtout les infrastructures. Il a le sentiment qu’il y a « de plus en plus une culture vélo et des améliorations », la ville devenant de plus en plus « une ville cycling friendly » juge le hollandais. « Changer les infrastructures est une chose mais changer les mentalités des usagers en est une autre » suppose Jasper qui parle de tensions avec les véhicules motorisés ou avec les piétons, qui ne voient pas toujours les marquages au sol, de problèmes liées aux voitures qui stationnent sur les pistes cyclables, etc.

Des situations que l’on a vécues à Paris et que l’on vit encore également même si j’ai personnellement clairement le sentiment que la situation s’est améliorée. La différence entre Barcelone et Paris, qui ont lancé toutes deux leurs systèmes en 2007, tient peut-être à l’ampleur du système et du phénomène vélo. Le nombre de Vélib’ et vélos en circulation est plus important à Paris. D’après la Ville de Barcelone, entre les Bicing et les vélos privés, il y aurait 120 000 déplacements quotidiens cyclistes. A Paris, selon les jours, Vélib’ enregistre à lui seul 80 000 à 120 000 locations quotidiennes.

Un grand merci à Sandrine, Irène (toutes ses photos) et Jasper (blog Barcelona by bike) qui ont pris le temps de répondre à mes questions !

Bicing : Accessible à partir de 16 ans, 24h sur 24 uniquement les vendredis, samedis et jours de fête, et du dimanche au jeudi, de 5h du matin à 2h du matin

Vélib’ : Accessible à partir de 14 ans, 7 jours / 7 et 24h / 24

Bicing : 420 stations ; 6000 vélos et 120 000 abonnés

Vélib’  : 1 800 stations et 20 000 vélos et plus de 210 000 abonnés

Bicing : Plus de 55 000 locations par jour les jours de semaine précise-t-on sur le site de Bicing, 50 000 en moyenne, 1,3 millions de trajets par mois

Vélib’ : Plus de 100 millions de trajets depuis le lancement

Bicing : 159 km de voies cyclables en 2010

Vélib’ : près de 700 km de pistes cyclables (doubles sens cyclables inclus), 800 km à l’horizon 2020

Bicing : abonnement annuel à 44 €, première demi-heure gratuite, la suivante à 0,60€. Temps d’utilisation maximal de deux heures, la pénalité appliquée au-delà étant de 4,20 € de l’heure.

Vélib’ : abonnement annuel :29 € pour un Vélib’ classique (30 premières minutes gratuites) ou 39€ pour Vélib’ Passion (45 premières minutes gratuites) et, offres jeunes à partir de 19 € pour les 14-26 ans boursiers ou 29€ pour les autres (45 premières minutes gratuites).