Vélib'erator
La régulation, perception et statistiques
Comment améliorer concrètement la régulation ? Mardi 22 novembre, Emmanuelle, du Comité des usagers Vélib’, et Grégoire Maes, directeur de l’exploitation Vélib’, avaient rendez-vous pour un atelier de travail faisant suite à la dernière rencontre entre vos représentants et JCDecaux. Deux heures d’échanges pour comparer leurs sentiments et analyses autour d’exemples concrets de certaines stations.
Il faut dire qu’Emmanuelle regarde « tous les soirs avant de se coucher » et « tous les matins après son café » les mouvements sur ses « stations favorites », comprenez celles identifiées par elle ou par vous sur ce blog comme pouvant poser des problèmes récurrents de régulation. Elle compile ainsi des statistiques précises et visualise la vie des stations au travers de graphiques semblables à celui présenté ci-dessous. Ces graphiques retracent les mouvements de Velib’ par jour, par semaine et par mois. Emmanuelle précise, presque en s’excusant de ce travail titanesque, « j’aime les chiffres à la base » et ajoute, franchement rigolarde, « je suis un peu barge » !
Emmanuelle échange ainsi régulièrement avec Grégoire les constats qu’elle peut dresser. Mardi, leur réunion avait pour but de :
- « travailler concrètement sur des anomalies constatées »
- « confronter leurs avis car, dans quelques cas, la perception de l’un ne correspond pas à la perception de l’autre »,
- ajuster finement les pratiques des équipes de régulation en modifiant si besoin le « carnet de route » des agents.
Cette réunion a également permis de constater le chemin accompli depuis 1 an en matière de régulation. « Même s’il reste des points à améliorer, les stations sont mieux régulées ». Effectivement, un important travail a permis d’augmenter le nombre de vélos régulés (+32% en 1 an) et la qualité de la régulation.
Le guide de la régulation
Grégoire a présenté en détail à Emmanuelle le carnet de route des agents de régulation. C’est le résultat de 6 mois de travail de l’ingénieur stagiaire que le comité avait rencontré en juin. Ce carnet de route indique les stations que les équipes doivent visiter en priorité et la catégorie à laquelle elles appartiennent. En effet chacune des stations est classée selon qu’elle nécessite plutôt un dépôt de vélos, au contraire un retrait de vélo, ou enfin aucune intervention quand la régulation se fait de manière naturelle, au rythme des locations.
Pour autant, en plus de ce « guide » destiné à intervenir de manière plus efficace, les tournées sont adaptées en fonction des réalités du terrain m’a précisé Emmanuelle. Ainsi l’ordre de priorité dans les interventions des agents de régulation varie en fonction des alertes de saturation (trop de vélos ou pas assez) : « la station remonte dans la liste des priorités » m’a expliqué Emmanuelle. Autre point d’organisation qui permet d’améliorer l’efficacité du travail accompli : la transmission des infos entre les équipes. Chaque agent de régulation remplit ainsi une fiche de constat de ses interventions qui est transmise au suivant, afin qu’il ne repasse pas inutilement sur les traces de son prédécesseur.
Avant de rentrer dans le détail des exemples concrets abordés ce mardi 22 novembre, Emmanuelle précise que seuls les secteurs qui posent des difficultés ont été évoqués mais que les améliorations sont aussi réelles dans d’autres secteurs. Et citer « la gare du nord ou la gare de l’est qui, par exemple, sont mieux régulées qu’à une époque » ou encore les « correctifs déjà apportés sur d’autres stations suite aux différents échanges, en particulier sur le secteur Vincennes-Montreuil ».
Cas d’école
« On constate que dans certains secteurs d’habitation des vélos sont enlevés la nuit alors qu’il n’y a pas de raison – pas d’arrivée le matin d’usagers – essentiellement des départs » m’explique Emmanuelle. Par exemple vers St Mandé-Vincennes, sur quelques stations des 10ème et 15ème arrondissements.
A l’inverse dans le quartier d’Ivry Bruneseau situé dans le 13ème arrondissement, à la limite d’Ivry-sur-Seine, une internaute sur ce blog a « mis la puce à l’oreille » d’Emmanuelle. La station est remplie la nuit alors que l’on a plutôt besoin de places libres le matin. La discussion avec Grégoire a fait ressortir que dans ce quartier « les consignes du guide de régulation n’étaient peut-être pas suffisamment respectées » explique Emmanuelle. Elle suppose que « pour certains agents de régulation, voir des stations vides la nuit c’est un peu tentant » : ils la remplissent alors qu’ils devraient s’abstenir, ces places libres étant nécessaires pour que la station ne soit pas saturée dès le matin. Idéalement il faudrait qu’ils puissent voir le lendemain le résultat de leur travail. Sauf que bien sûr, ils se reposent après une nuit de travail. Emmanuelle suggère qu’on leur montre des graphes pour qu’ils constatent les dynamiques des stations. Pour autant, Grégoire expliquait lors de la dernière réunion avec le comité des usagers : il faut ajuster les tournées de régulation entre théorie et connaissance du terrain. Les modèles statistiques ont aussi leurs limites et les agents de régulation doivent être suffisamment réactifs pour adapter leur travail en fonction des changements : une averse, un embouteillage changent la donne.
Dans le 12ème arrondissement, des tests vont être faits pour ne plus intervenir sur certaines stations se félicite Emmanuelle qui plaide dans ces cas précis pour une régulation naturelle liée aux besoins des usagers. Elle souligne cependant qu’il faudra peut-être ajuster ici ou là car nous sommes dans une période hivernale. Les dynamiques évoluent : moins de gens prennent un vélo à 8h du matin et certains, la nuit tombant plus tôt, optent pour d’autres modes de déplacement.
Régulation différenciée
Autre grand sujet abordé au cours de ces deux heures, les quartiers qui nécessiteraient peut-être selon Emmanuelle des tournées adaptées selon les jours de la semaine. Le secteur Opéra Madeleine se remplit très vite le matin. « Les jours les plus difficiles sont le lundi car le dimanche soir, les stations ne se vident pas obligatoirement de la même manière qu’en semaine » explique Emmanuelle qui plaide pour une tournée spécifique le dimanche soir. Dans d’autres secteurs, la régulation pourrait « anticiper certains flux du week-end : les gares, les zones de loisirs comme le bois de Vincennes avec son parc floral, les complexes de cinéma vers Bercy et Cours Saint-Emilion… ».
Autre forme d’ajustement pour optimiser la régulation : l’évolution des horaires des tournées. Emmanuelle estime qu’il y a là quelques pistes. « Cela ne sert à rien par exemple de commencer une régulation vers 23h sur les campus, quand les étudiants ont semble-t-il quitté les locaux, alors qu’enlever des vélos dans un quartier d’habitation permet aux usagers nocturnes de redéposer le vélo » explique-t-elle. La nuit il y a au minimum 300 vélos qui circulent en permanence. Un exemple suivi par Emmanuelle est ainsi celui des stations vers la place d’Italie : « la moitié des vélos déposés vers 23h sont empruntés dans un laps de temps assez court et les usagers du matin n’en verront pas la couleur » ! Ils pourraient même croire qu’aucune régulation n’est faite près de chez eux…
Le grand débat est d’ailleurs peut-être de savoir s’il faut privilégier ceux qui cherchent à restituer leurs vélos ou ceux qui cherchent à en emprunter ? Les usagers qui veulent emprunter un vélo la nuit quand les autres modes de déplacements ne fonctionnent plus, ou ceux qui comptent sur Vélib’ pour aller au travail le lendemain ?
En conclusion, Emmanuelle et Grégoire jugent leurs échanges très constructifs. Même si la régulation est complexe et que, dans des secteurs en hauteur ou dans des cas particuliers, tous les problèmes ne pourront être résolus, Emmanuelle a le sentiment que l’on peut encore améliorer le fonctionnement du service. Grégoire est déterminé à aller plus loin dans l’analyse du comportement des stations, heure par heure, pour affiner les diagnostics et les tournées de régulation. D’autres réunions sont ainsi à venir…
Emmanuelle effectue bien sûr tous les jours sa petite enquête et continue d’échanger avec Grégoire sur des exemples précis. Elle reste aussi très attentive aux anomalies que vous pouvez signaler sur le blog concernant des secteurs précis. C’est en analysant ces cas concrets que l’on fera progresser la régulation et ainsi le service Vélib’ !


