Vélib'erator
Le Comité des usagers à Cachan : spécial régulation
Je vous le disais la semaine dernière, vos représentants ont pu visiter le site de JCDecaux à Cachan et notamment « le poumon » Vélib’ : le centre de suivi et d’analyse de la régulation des vélos. C’est là que l’ensemble de données de fréquentation des stations sont traitées et qu’en fonction des besoins, les tournées des agents de régulation sont adaptées.
Le paradoxe du cercle vertueux
Le mois de septembre a établi un nouveau record : 3,5 millions de locations soit quasiment 120 000 par jour. La fréquentation a augmenté de 20% par rapport à 2010. Dans le même temps, les agents ont régulé et donc « déplacé » 25% de vélos en plus. Sans ces efforts de régulation, la situation se serait dégradée. Pour Grégoire Maes, directeur de l’exploitation Vélib’, mieux on régule plus on contribue à générer de nouvelles locations et il y a ainsi « un cercle vertueux » qui paradoxalement atténue les effets bénéfiques des efforts consentis.
La flotte de véhicules a une capacité de mobilisation de 3 500 vélos par jour. Etant donné le nombre de locations journalières, cela revient à réguler environ 3% du parc. Grégoire Maes nous l’expliquait en juin, « on pourrait imaginer multiplier par dix le nombre d’agents et de camions mais on s’éloignerait alors de la notion de mobilité durable liée au Vélib’ : un mode de déplacement doux respectueux de l’environnement, permettant de désengorger la circulation en ville en proposant un mode de transport complémentaire ». Pour autant, l’objectif n’est pas de se contenter de la situation actuelle. Détaillons les outils dont on dispose pour y parvenir.
Une cartographie interactive
Les données de chacune des stations sont affichées à l’écran : un cercle vert signale qu’au moins un vélo ou une place sont disponibles, le diamètre du cercle représentant la capacité de la station. Un point bleu signale que plus aucun vélo n’est disponible à la location ; un rouge que plus un seul point d’attache ne permet de raccrocher son vélo. S’y ajoute un symbole pour mentionner une station en travaux et un autre – une croix rouge – pour signaler la déconnection d’une station, un cas particulier plutôt rare (99,4% du temps la totalité du réseau des 1 200 stations est opérationnel).
Les écrans de contrôle permettent également de zoomer sur un quartier, les petits écrans situés en dessous apportant d’autres informations comme (tout à gauche) l’emplacement à l’instant T des véhicules de régulation. La flotte JCDecaux comporte deux bus d’une capacité de 62 vélos et 23 camionnettes d’une capacité de 20 vélos. Rappelons que 48 agents de régulation travaillent tous les jours et même les nuits. Interfacé avec les données de circulation à Paris, ces données permettent d’alerter les agents en cas d’embouteillage et ainsi de secteurs à éviter… Globalement, si on regarde l’écran tout est presque au vert.
Une réflexion à l’échelle du voisinage
Et ce aussi parce que les données sont pondérées à l’échelle d’un quartier : le cercle apparaît en vert à partir du moment où il y a des places ou des vélos disponibles dans un rayon de 300m. On estime en effet que la situation n’a rien de critique, ne nécessite pas une intervention de régulation, tant que les utilisateurs peuvent trouver leur bonheur moins de 300m plus loin. Typiquement vers Bercy on peut trouver côte à côte une station vide entourée de stations où il reste des vélos.
Vos représentants ont demandé à voir la carte si l’on décochait cette option d’affichage du rayon de voisinage des 300m ou si on réduisait le rayon à 200 ou 100m. Réponse : plus de bleu et de rouge apparaissent mécaniquement. Mais pour Grégoire Maes c’est plutôt l’action dans les quartiers vides ou saturés, et non l’action station par station, qui permet d’améliorer la régulation.
Il ne s’agit pas seulement de jouer le rôle de pompiers intervenant quand les stations sont déjà pleines ou vides mais d’anticiper les saturations. L’écran affichant des graphiques est à ce titre intéressant. Pour une station, il permet de visualiser les pics de fréquentation sur une journée, sur une semaine, etc. L’objectif est de dégager des modèles : pics du matin et du soir ou anomalies de fréquentation liés à une averse ou au contraire à un embouteillage, un incident sur une ligne de métro.
Travail de modélisation
De février à septembre 2011, un ingénieur a travaillé pour sa thèse (brillamment soutenue depuis) à comprendre et modéliser les flux. Elle a notamment définit des catégories de station : celles ayant tendance à se remplir, celles ayant tendance à se vider et celles se régulant naturellement. A partir de ces constatations, elle a définit des secteurs géographiques plus cohérents où l’ensemble de ces types de stations étaient représentées et a finalisé des tournées pour les agents de régulation. On ne s’appuie plus uniquement sur la connaissance du terrain des agents régulateurs.
Pour certaines stations, les régulateurs ne se déplaçaient qu’une fois de temps en temps mais toujours pour une régulation d’urgence. La modélisation a permis de se rendre compte que certaines stations fonctionnent sur des dynamiques plus lentes, moins perceptibles de prime abord. Vider une station en début de soirée peut être inutile voir problématique : en été les gens qui sortent des restaurants les vident naturellement et remplissent celles en bas de chez eux. En hiver, la problématique change.
Entre théorie et pratique
Pour autant, la théorie pure ne résout pas tout. A partir du travail théorique de modélisation, une tournée avait été définie pour le 20eme arrondissement. Pour en tester la véracité, il a été demandé à l’agent régulateur concerné d’appliquer ce modèle stricto sensu sans réfléchir. Le résultat a été catastrophique a raconté Grégoire au point qu’ils se sont demandé s’il l’avait fait exprès… Pas du tout ! Mais cet agent, bloqué dans les travaux du tramway, n’a pas, comme il l’aurait fait naturellement, revu entièrement son parcours pour s’adapter à la réalité du terrain. La théorie a ses limites. L’un des développements attendus est d’équiper les agents régulateurs de PC tablettes : ces outils de mobilité leur permettront d’être plus réactifs et d’affiner plus encore leur travail.
C’est aussi pour cela que les informations échangées avec les représentants qui analysent les données sur les stations autour de chez eux et observent les flux au quotidien sont intéressantes. Emmanuelle a pu confirmer son flux sur certaines stations la semaine dernière et quinze jours plus tôt à confirmer son sentiment. Avant même le début des vacances scolaires, certaines stations ont cessé de se réguler naturellement. Sans que l’on sache pourquoi… Une prochaine réunion de travail dédiée à la régulation sera organisée dans le courant du mois.
Première proposition de vos représentants, affiner la carte interactive en faisant passer en rouge ou bleu les stations avant qu’il ne reste qu’une seule place ou vélo. Autrement dit, faire bouger le curseur désignant une situation critique. A suivre !

