Vélib'erator
Quelle pollution à vélo et à Vélib ?
J’ai interrogé Arthur de Pas, ingénieur à Airparif*. Je voulais savoir si l’arrivée du Vélib’ et la multiplication des vélos à Paris avait un impact sur la qualité de l’air parisien et si oui, est-on capable de mesurer cet effet ?
Vélib’ contribue à améliorer l’air parisien
Il n’y a pas d’effet Vélib’ mesuré mais, ce qui est sûr c’est que « tout ce qui peut être fait pour diminuer le trafic (motorisé bien sûr) est bon à prendre » répond Arthur de Pas. Globalement, la qualité de l’air s’améliore en Île-de-France. Mais le dioxyde d’azote et les particules en suspension dans l’air, émis en partie par le trafic routier, dépassent toujours les niveaux réglementaires. Agir sur le trafic permet d’améliorer la situation.
D’ailleurs parmi les « petits gestes au quotidien » pour améliorer la qualité de l’air listés sur le site d’Airparif, on trouve préférer, quand on le peut, la marche à pied ou le vélo plutôt que la voiture… Pour autant, précise Arthur de Pas, « on n’est pas capable de quantifier l’impact de l’usage du vélo ou du Vélib’ sur l’amélioration de la qualité de l’air ».
Automobiliste : premier pollueur et pollué
C’est d’autant plus intéressant de troquer sa voiture contre un Vélib’ quand on regarde les niveaux d’exposition des automobilistes : dans sa voiture, l’automobiliste peut-être exposé à des niveaux jusqu’à deux fois supérieurs à ceux constatés au bord de la route ! « Le principal pollueur est aussi le principal pollué » résume Arthur de Pas. En effet, les polluants dégagés par les autres voitures sont aspirés par les systèmes de ventilation de la voiture et s’accumulent dans l’habitacle alors qu’ils se dispersent à l’air libre.
« On a souvent des questions de gens qui s’inquiètent de l’exposition des bébés dans leurs poussettes, raconte-t-il, mais ils sont en réalité plus exposés à la pollution dans leurs sièges auto ». Par ailleurs, les cyclistes n’empruntent pas les grands axes comme l’autoroute ou le périphérique où les niveaux de pollutions sont les plus importants.
Pistes cyclables : exposition divisée par 2 !
A l’été 2008, Airparif a mené une étude sur l’exposition des cyclistes à la pollution. « Un vélo de livraison permettait de mesurer en continu la prise d’air au niveau de la bouche du cycliste et une caméra enregistrait les configurations rencontrées et notamment les différents aménagements » raconte Arthur de Pas. Une quarantaine de trajets ont ainsi été réalisés. Les niveaux de pollution observés varient en fonction de la densité du trafic, de la distance du cycliste par rapport au trafic et enfin du niveau de pollution ambiant.
« L’exposition maximum est enregistrée quand le cycliste est dans le flux de circulation », au coeur du trafic mais dès qu’il s’en éloigne on constate un effet positif. Sur une piste cyclable distincte de la voie de circulation automobile, « le niveau d’exposition peut être diminué jusqu’à deux fois » souligne Arthur de Pas. Au niveau des voies de bus ouvertes aux cyclistes ou des pistes cyclables avec un simple marquage au sol, on trouve des niveaux intermédiaires.
« On se doutait » que l’éloignement avait un effet positif explique Arthur de Pas mais l’étude a permis de mesurer ce bénéfice, pas négligeable. En tant que cycliste ou piéton pour limiter son exposition, mieux vaut ainsi s’éloigner du trafic automobile que porter un masque me précise Arthur de Pas : ceux-ci bloquent seulement les particules qui sont de toutes façons filtrées par notre nez (si on inspire par le nez et non la bouche).
J’en conclue que pour contribuer à ma petite mesure à améliorer la qualité de l’air que nous respirons, mieux vaut continuer à enfourcher un Vélib’ dès que possible
La multiplication des vélos et la réduction du trafic motorisé permettront de diminuer l’exposition de tous au dioxyde d’azote et aux particules.
* Airparif est une association agréée par le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable chargée de surveiller la qualité de l’air Ile-de-France depuis 1979.
