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Sécurité : peurs et risques réels à vélo

Suite à notre premier billet sur la question de la sécurité à Vélib’ « clichés contre réalité » et à vos commentaires, j’ai de nouveau sollicité François Prochasson, responsable de la cellule sécurité routière de l’Agence de la Mobilité de la Mairie de Paris. C’est un sujet qui me semble très important. Nous sommes tous concernés car nous pouvons être tour à tour cyclistes, deux-roues, automobilistes et sommes tous par moments piétons.

Dans ce premier article, nous avions vu que les statistiques d’accidents contredisent l’idée largement répandue selon laquelle faire du vélo est plus dangereux qu’un autre mode de déplacement. J’ai demandé à François Prochasson ce que l’on savait des risques réels comparés aux peurs et a priori à vélo : a-t-on peur de certaines situations à juste titre et au contraire ne sommes nous pas parfois trop désinvoltes dans certains contextes ?

Perception du risque à vélo, l’étude

Il se trouve qu’en 2009, une psychosociologue, Noémie Léger, a conduit une étude à pour la Direction de la voirie et des déplacements sur « la perception du risque chez les cyclistes parisiens ; mieux comprendre leurs comportements pour améliorer la communication ».

L’objectif de l’étude était de mieux appréhender les comportements des cyclistes pour mieux expliquer les causes des accidents et de dégager des éléments de réponse sur la perception des aménagements cyclables, le sentiment de sécurité et les relations avec les autres usagers de la route. Comment les risques que les cyclistes estiment courir influencent-ils leurs comportements et quels sont leurs comportements dangereux ? Noémie Léger a mené des entretiens approfondis avec des cyclistes (12), analysé les réponses à un questionnaire (126) et observé les comportements de cyclistes (108) en quatre sections et aménagements différents. Notons que 58% des cyclistes interrogés pour cette étude l’ont été alors qu’ils empruntaient un Vélib’.

La portière, un risque surestimé ?

Quand on sait que l’une des conclusions de l’étude est que « plus le cycliste a le sentiment qu’une situation peut être grave pour lui, plus il va prendre de précautions », on comprend l’enjeu que représente l’analyse des risques réels et perçus pour faire diminuer le nombre d’accidents et le sentiment d’insécurité des cyclistes…

A la lecture de ces résultats on se rend compte que les cyclistes s’accordent à estimer que le risque d’accident le plus probable est celui de rentrer dans une portière de voiture alors que dans les faits ce n’est pas la situation la plus fréquente. « Une situation crainte par les cyclistes est aussi une situation à laquelle ils sont sensibles : ils y sont donc plus attentifs », savent qu’il faut éviter de frôler les voitures en stationnement pour pouvoir s’écarter expliquer François Prochasson. En résumé, la situation est anticipée et donc finalement évitée « même si cela demeure une cause d’accidents qui ne peut être ignorée » insiste-t-il.

A trop minimiser ce risque on pourrait craindre que les accidents augmentent. C’est un peu l’éternel débat de l’oeuf et de la poule… Je pense que les termes de « surestimer » et « sous estimer » ne sont donc pas vraiment appropriés mais plutôt ici des expressions par défaut. Ce qui est certain, c’est que ces données permettent de dégager les situations sur lesquelles il faut continuer d’informer les cyclistes et les autres usagers de la route pour qu’ils soient plus vigilants.

Être vu : la meilleure protection

Les cyclistes sur-évaluent un peu ce qui relève plus selon moi d’incivilités (ouvrir sa portière sans regarder, griller une priorité ou un feux rouge) et finalement mésestiment les risques liés aux situations plus banales de partage de la voirie entre usagers quand on change de direction, de file ou qu’on dépasse.

Sur ce blog, certains d’entre vous ont suggéré qu’il fallait « s’imposer dans la circulation », avoir une conduite un peu sportive pourrait-on dire. « Ce n’est pas qu’il faille s’imposer mais plutôt être bien visible » nuance François Prochasson. Les accidents ont lieu quand les usagers ne se voient pas et, à part pour les poids-lourds, où le danger est l’angle-mort (un risque crucial contre lequel il faut se prémunir en étant vigilant), c’est l’inattention, la surprise qui contribuent à l’accident. Les cyclistes chevronnés disent ainsi souvent qu’ils s’assurent d’avoir un contact visuel avec les automobilistes notamment dans les doubles sens cyclables et aux intersections. Cela passe aussi par le port de vêtements clairs et d’accessoires réfléchissants la nuit ou par l’utilisation de sa sonnette pour se signaler. De telles précautions permettent d’éviter l’accident.

L’un des enseignements de cette étude m’a expliqué François Prochasson a été de souligner le problème de la co-visibilité des usagers notamment pour les changements de direction. Raison pour laquelle une expertise est par exemple en cours pour identifier les nouvelles solutions d’aménagement en rapport avec le développement du vélo et notamment améliorer la covisibilité entre les multiples usagers de la voirie.

Adapter les aménagements cyclables

Des mesures ont été faites sur plusieurs carrefours tests avant et après la création d’un sas vélo. Celui-ci permet aux cyclistes de se placer devant les voitures aux feux rouges en se prépositionnant d’un côté ou de l’autre de la voie selon qu’ils tournent à gauche ou à droite et surtout de se placer devant les autres usagers qui ne peuvent pas ne pas les voir. Cette étude n’est pas encore achevée, il faut évaluer les avantages et inconvénients. Cependant, il est clair qu’il faut travailler sur les carrefours.

L’étude évaluait aussi le sentiment de sécurité selon les types d’aménagement : plus de 9 cyclistes sur 10 se sentent en sécurité sur une piste cyclable sur chaussée (92,5%); 3 sur 4 sur une piste cyclable sur trottoir (71,5%) et sur un couloir de bus (69,6%) et seulement un peu plus de un sur deux sur une bande cyclable (57,9%). Les résultats des couloirs de bus sont plutôt bons alors qu’on aurait pu imaginer que la taille des bus effrayerait les cyclistes…

L’aménagement plébiscité est celui de la piste cyclable séparée de la circulation. Ce n’est pas pour autant la solution miracle à mettre en oeuvre partout et dans toutes les configurations m’explique François Prochasson : on pourrait multiplier les « difficultés de réinsertion dans la circulation » quand on quitte la piste à un carrefour. C’est un exemple de distorsion entre la perception du risque et la réalité des accidents. Quand au plus gros sujet, et le plus épineux, il demeure le partage de l’espace public.

La paille et la poutre…

4 cyclistes sur 6 estiment qu’il y a une mauvaise cohabitation entre les différents usagers de la voirie parisienne. De manière peu étonnante les cyclistes estiment rencontrer peu de problèmes avec les autres cyclistes puis avec les piétons et au contraire plutôt des problèmes de cohabitation avec les deux-roues motorisés puis les automobilistes. Cela dit il ne s’agirait surtout pas d’opposer une catégorie d’usagers à une autre car, après tout, rares sont ceux qui n’appartiennent qu’à une seule de ces catégories. D’autant qu’une autre statistique a attiré mon attention : « environ 4 cyclistes sur 5 estiment que les autres cyclistes ont des comportements plus dangereux qu’eux »… En l’occurrence les perceptions sont probablement à nuancer !

Reste à essayer d’imaginer, à partir de ces résultats mais aussi des autres études et analyses constantes menées par la Direction de la voirie et des déplacements entre autres, comment mieux communiquer sur les risques et surtout sur les comportements à adopter. Qu’est-ce qui, selon vous, est le plus efficace ? Des campagnes chocs, plutôt de la prévention avec des messages positifs ? Quels sont les risques selon vous et comment les minimiser même si, le risque zéro n’existe jamais, à Vélib’ et à vélo comme dans n’importe quelle situation ?

A lire, notre premier article : La sécurité à vélo : clichés contre réalité